Une nouvelle approche de la musique électronique

Flore est une DJ et compositrice lyonnaise active depuis vingt ans dans le domaine de la musique électronique, tendance sombre, rythmique et parfois expérimentale. Son nouvel album Rituals est sorti au printemps 2020 et elle gère également un label, POLAAR. Sur scène comme en studio, elle a facilement intégré le Joué Pro dans sa pratique de la musique. Elle nous raconte comment il lui a permis d’appréhender une nouvelle façon de composer.


Sur scène à la Gaîté Lyrique en novembre 2020, Flore utilise son Joué Pro pour interpréter son premier morceau.

Comment as-tu connu le Joué Pro ?

Je connaissais le Lemur, mais je ne savais pas qu’il avait été développé par Pascal, le boss de Joué aujourd’hui, ni même que c’était une création française. Au lancement de Joué, j’ai suivi leur campagne Kickstarter, et quand j’ai commencé à l’utiliser, j’ai accroché plus que ce que je pensais. Je n’avais pas été forcément séduite par l’objet au départ, mais j’ai été très vite convaincue, à la fois par son côté éthique et sa versatilité, et par le fait qu’il me permettait de faire des choses que je n’arrivais pas à faire avec d’autres contrôleurs.  

Quel genre de choses ? En quoi le Joué Pro est-il différent des autres contrôleurs que tu connais ?

Il se trouve que je ne suis pas instrumentiste, donc les claviers classiques qui n’offrent que le jeu sur clavier, en jouant avec une main pour éventuellement bouger des potards avec l’autre, ça ne me convient pas comme façon de jouer. Ce que j’ai vraiment aimé avec le Joué Pro, c’est le fait de pouvoir affecter plein de paramètres à des touches, et du coup même si je ne suis pas instrumentiste, mon interprétation peut quand même entrer en ligne de compte, ce que je n’arrive pas à faire avec des claviers classiques. D’un seul coup, tu peux rentrer davantage en interaction avec la musique que tu joues.

Est-ce que cette interaction nouvelle change quelque chose dans ta façon de composer ? Est-ce que ça te donne de nouvelles idées, par exemple ?

Complètement. J’ai écrit des morceaux que je n’aurais pas pu faire sans le Joué Pro. Des morceaux plus ambiants, moins portés sur la rythmique et davantage sur la mélodie et la texture. Avec le Joué Pro, je peux adopter une approche qui me plaît : quand je trouve un son que j’aime, je peux très vite affecter tel paramètre à tel type de déclenchement et d’un seul coup je me retrouve à jouer avec ce son et trouver des mélodies d’une façon impossible à faire avec un clavier classique.

Inverser l’approche de la composition

De quelle façon est-ce que tu procèdes au juste ?

Mon Pad préféré, c’est le Pro Scaler Pad. Je trouve un preset de synthé qui m’intéresse et j’assigne aux touches du scaler des valeurs de control change, pitch bend, etc. En combinant les paramètres de mon synthé avec ces différents types de contrôles, j’expérimente différentes interactions avec la texture du son, et le fait de pouvoir trouver des pistes de cette façon m’amène à trouver des mélodies. C’est donc une approche inverse de ce qui se passe d’habitude où tu trouves d’abord la mélodie puis tu travailles le son. Avec le Joué Pro, les deux recherches s’imbriquent naturellement. Ce qui est vraiment agréable avec le scaler, c’est qu’on s’approche beaucoup plus de la pratique d’un instrument. Pendant longtemps, j’ai travaillé avec un clavier MIDI classique, mais quand tu n’es pas claviériste, ce n’est pas un jeu spontané, la mélodie et l’interprétation de la mélodie sont comme sur deux niveaux différents, alors qu’avec le Joué Pro j’arrive à retrouver ce feeling de pouvoir interpréter la mélodie en fonction de mon humeur du moment. Et ça fait du bien, car pendant longtemps sur les contrôleurs il n’y pas eu cette réflexion sur le jeu et l’interprétation, tout était conçu uniquement sous l’angle du contrôle. Le Joué Pro a donc une proposition très intéressante de ce point de vue-là.

Comment te sers-tu du Joué Pro au quotidien ?

Je l’utilise beaucoup pour un projet sur lequel j’ai commencé à travailler depuis quelque temps et qui est plus ambient et cinématographique, où le scaler a toute sa place car il m’aide à chercher des textures et interpréter des mélodies. Je l’utilise aussi en live, car il est super pratique et fiable. Son seul défaut, c’est les Pads qu’on ne distingue pas toujours bien sur scène où il y a souvent peu de lumière !

Un ajout facile en live

Adapter l’usage du Joué Pro sur scène n’a donc pas été un problème pour toi ?

Non, pas du tout. Je l’ai ajouté à mon dispositif pour pouvoir déclencher des sons à la volée. Ce n’est pas forcément avec le Joué Pro que je vais faire les choses les plus compliquées en live, mais je l’ai ajouté facilement, d’autant qu’il se glisse aisément dans un sac et ne pèse pas grand-chose. Sur scène, le Joué Pro avec ses différents pads me permet de faire des choses spécifiques très facilement, comme déclencher des samples ou jouer des petits éléments de batterie, donc il cohabite très bien avec le reste de mes contrôleurs. En plus, l’interface logicielle est très facile à programmer. Évidemment, en ce moment je ne fais pas beaucoup de live, mais j’ai eu la chance de faire une date à la Gaîté Lyrique à Paris en novembre, avec trois autres artistes, un concert retransmis sur internet. Le morceau d’intro, je le joue avec Joué Pro et son Pro Scaler Pad.

Tu es aussi une prof certifiée Ableton. J’imagine qu’il t’arrive de parler du Joué Pro à tes élèves ?

Ah oui. J’anime une formation qui porte sur le live, comment adapter ses morceaux pour la scène, la question des différents outils dont on a besoin revient donc systématiquement, et je sors toujours mon Joué Pro! Souvent les gens ne connaissent que les contrôleurs classiques et sont surpris par le Joué, avec son aspect coloré et léger. Et quand mes collègues profs me demandent mon avis sur le Joué Pro, je suis toujours très enthousiaste car je suis vraiment convaincue par ce contrôleur, qui n’est en fait pas un contrôleur mais un instrument.

Interview par Patrick Haour

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